Épisode II : De la lumière à l’obscurité…

Le feu continuait à crépiter dans le silence.

Personne ne disait mot. Les échanges de regards montraient l’état d’esprit général. Ils se remettaient de leur choc passé, de la perte de leurs affaires, et de leur peur d’avoir été si prés d’une mort affreuse, les faisaient relativiser sur leur situation.

 

 

 

Épisode II : De la lumière à l’obscurité…

 

La terminologie du mot est comme une pierre en bordure de terrain, il suffit d’une grosse pluie pour que cet alluviométamorphisme en fasse changer son sens. Le Terme (Dieu latin, protecteur des limites), se voit borné, aux restrictions voulues.

Ainsi le terminus de toutes voies se retrouve comme la culture, restreint à des sillons bien délimités, ayant un début et une fin de définition, dépendant de ce qu’il lui est imposé, dans les limites du pouvoir en place.

Hugunus de Boldenia, «  De la rhétorique du Verbe »

Manuscrit restauré à la suite de l’autodafé, de la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, Archives cylindriques , période post cyclique 19ème et dernier temps.






Le feu continuait à crépiter dans le silence. Personne ne disait mot. Les échanges de regards montraient l’état d’esprit général. Tous se remettaient du choc, de la perte de leurs affaires, et la peur d’avoir été si près d’une mort affreuse les faisait relativiser sur leur situation.

David commençait lui aussi à se calmer.

Le chauffeur s’était assis à l’écart la tête entre les mains.

David l’entendait encore marmonner et décida de le laisser seul. Il s’approcha alors de Norman, le seul à arborer un sourire.


Norman, debout près du mur, la main posée contre le plasto-béton, donnait l’impression de chercher à ressentir une vibration, comme si le mur allait lui communiquer quelque chose.

A l’approche de David, il se retourna.

- Vous n’avez pas été formé à tout ça, lui lâcha-t-il dans le même sourire ironique… Et encore moins à ce qu’il va arriver… Il y a tant de choses que l’on ne sait pas. En fait, vous allez voir, nous ne sommes pas à la fin de nos surprises….


- Il suffit, cracha David. De quoi parlez-vous ? Vous faites peur aux colons et vous créez une ambiance dont on se passerait bien. Je serai obligé de le notifier lorsque nous arriverons à la colonie


- Notifiez, notifiez… (Norman Kay reporta son attention sur le mur). Et espérez ! Le temps est venu pour certains d’entre nous de changer de vie. Peut être ferez vous partie de ceux-là, moi j’ai attendu ce moment toute ma vie….. Venez, écartez vous du mur ! Il prit David par le bras et lui fit faire quelques pas en arrière en continuant à regarder le mur. « Ils arrivent » soupira-t-il.


David regardait lui aussi le mur, il n’arrivait plus à en détacher son regard. Un frisson le parcouru quand il sentit la main de Norman se crisper sur son bras. Il entendit la voix de Norman lui dire quelque chose, mais ne comprit pas. Le mur face à eux disparaissait, un vide impénétrable de forme sphéroïdale de plus en plus grand faisait son apparition. Il avalait le mur à une vitesse prodigieuse, puis ce fût la route.

David voulu reculer, mais Norman l’en empêcha.


- A bientôt, peut-être… lui dit-il en le regardant. Et ils furent happés.



Plus rien



Rien que cette obscurité.

 



 

 





David ne sentait plus le bras de Norman, d’ailleurs il ne sentait plus rien du tout. Il avait l’impression de voir mais ne voyait rien, l’obscurité la plus totale l’environnait.

Il voulut hurler, mais comment peut-on hurler sans avoir conscience de son corps ?


Son esprit, il lui restait son esprit.

- Suis-je mort, est-ce cela la mort ?

Les pensées se suivaient mais ne se tenaient pas. Il pensa de nouveau un hurlement, mais cela n’ajouta que de la confusion, de la panique.

Il mit plusieurs minutes à se calmer.

« C’est un mauvais rêve, voilà un mauvais rêve, ou alors je suis inconscient. Peut être est-ce cela le coma ? ? ? »


Introspections.





« Attendre les secours… je suis blessé et la douleur est insupportable, c’est pourquoi je délire… »


« Je me suis endormi et c’est un cauchemar. Je vais me réveiller et voir les regards des passagers braqués sur moi à cause des hurlements….. »


« Ou alors…Ou alors je suis mort, mais… Où est l’autre monde?? »



Réponses.

 




- Il faut attendre…


- Quoi ! ? David avait ressenti la voix chaude autour de lui. Qui me parle ? ? ?


- Les commencements sont des moments d’une infinie délicatesse, poursuivit la voix (la pensée ?) Au début tout est vide et désert, puis vient la lumière. Il faut attendre, vous avez tant de chemin à parcourir avant de nous rejoindre… Il vous faut d’abord désapprendre. L’obscurité et le néant sont propices à cette voie.


- Qui êtes-vous ? ? ? David recommençait à paniquer.


- D’abord le calme et viendront ensuite les réponses, chuchota la voix. Nous savons cela dur pour vous, mais cette quarantaine est une bonne chose. Je donnerai toutes les réponses à vos questions, mais pour l’instant, il vous suffit d’écouter. Votre esprit ainsi dégagé des sensations du corps devient une machine extraordinaire dont on a oublié de se servir. Toutes les questions trouvent leurs réponses en ce lieu, il vous suffit de vous écouter.

 

- Nous sommes comme vous des hommes mais dont l’existence vous est inconnue. Nous vivons près de vous depuis des temps immémoriaux, nous avons fait le choix de ne pas vivre au sein de votre société. Trop éloigné à notre goût de la naturalité de la vie…. La voix fit une pause et reprit plus profonde. Ce ne fût pas un choix simple, nous pleurons chaque jour les temps qui nous ont séparés (soupir…..). Mais je me perds là, il vous suffit maintenant de savoir que nous ne vous voulons aucun mal.


Des secondes peut-être des minutes passèrent dans le silence.


-Vous êtes toujours là ? ? ? S’inquiéta David qui reprit conscience de l’obscurité environnante.


- Nous sommes ici et ailleurs. Une autre graine demande à grandir dans l’obscurité de cette place. Nous reviendrons en ce temps quand le moment sera venu… Laissez mûrir la sagesse qui est en vous, cherchez là… Ceci fait, nous serons là.

 

Silence








A suivre…..ICI
Copyright YERGLA

 

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