Préface et épisode I

Le premier volet de cette aventure incluant la préface et le premier épisode, bon visionnage !

 

Préface 

 

Il n’existe pas de lieu idéal pour vivre,

la vie est possible partout, sous une multitude de formes.

« A ceux qui vivent . »

 




Dire que cette histoire est banale serait une erreur.

Dire que toutes les histoires sont sans fondement le serait tout autant.

Celle-ci est un fruit, dont la maturité pourrait être exemplaire si toute maturation n’amenait pas son lot d’altérations. Ici, dans ce texte, entre les feuillets, la vie s’est écoulée durant quatre décennies, y laissant des meurtrissures et des joies. A ses maux et bonheurs, les idées sont apparues.

Les mots se sont ajoutés sans jamais être écrits, l’histoire se vivait… Le temps s’est écoulé.

Dire que cette idée fût mienne à un quelconque moment serait une injure au sujet abordé.

Je me suis donc laissé guider, et ce depuis février 2008.

Mais là, naturellement, il faut que je vous explique « le songe », et bien malgré moi un peu de ma vie…


Comme toute chose, ce songe, celui-ci, a pris naissance dans l’obscurité, dans le creux d’une petite grotte, un abri sous-roche, un endroit où mon chien et moi étions allés plusieurs fois.

Trois vallées se rassemblent au pied de cet endroit. La vue est belle, certains diraient qu’il en émane une puissance. Une puissance aussi vieille que la roche qui déchire le sol.

Le pré-cambrien schisteux semble s’arracher des entrailles de la terre, ce qui est loin d’être une sensation puisque cette couche géologique est la première de notre planète.

De plus, très rares sont les sites dans le monde où on peut voir cela.

Au dessus de ces vallées, une couche de grès essaye de s’accrocher tant bien que mal et avec elle une végétation méditerranéenne très fournie. L’endroit est apprécié depuis fort longtemps pour son tellurisme et la beauté de cette nature. En effet, aux alentours, des dolmens et des tombelles du néolithique pullulent, j’ai dénombré trois dolmens et six tombelles, plus une dernièrement, celle d’Elliot mon chien… Mais, reprenons…


Un soir de février donc, nous nous y sommes installés. Nous avions envie de savoir si le lieu pouvait influencer l’approche de notre rêve…

Nous y avons consacré les médiums et les avons absorbés.

Le soleil disparu et quelques minutes plus tard la transe était là. Les gardiens ont ouvert les portes du temple gothique. Nous étions dans l’obscurité de la mère, dans son ventre à l’architecture sylphide, dans les méandres racinaires de cet autre qui est aussi nous.

Dire que les songes sont fondateurs est une vérité, celui-ci était un songe vert, métaphorique, explicatif et thérapeutique.

Pendant les trois mois qui suivirent, j’ai analysé tout ce que j’ai vu de moi-même, du monde, de mon passé, soit avec le regard ironique des médiums, soit avec le « mien ».

J’y ai trouvé la justesse, la sagesse, le mieux comprendre, le pourquoi, le devenir de toute chose, et là croyez moi, c’est de moi dont il s’agit…

Alors pourquoi ? Pour quoi ?

Eh bien il y a des songes qui vous répondent et vous guérissent de toutes meurtrissures, il y a des songes qui remettent les choses à leur place, à leur juste place. J’y ai trouvé la mienne, trente sept ans auront été nécessaires.


Est-ce long ???


Non.

Car il faut du temps pour acquérir, perdre, et comprendre.


J’ai eu cette chance que je souhaite à beaucoup. La chance de voir sa vie comme un diagramme et d’en voir toutes les interactions. Car comprenez-vous, rien n’est hasard, ni les débuts, ni les fins de toutes choses. Seul est important le lieu d’où vous voyez et de celui-ci, le chemin que vous vous tracez.

De ce songe est née une compréhension. Ce n’est que justice, car pour celle-ci ma vie a été un enfer. Mes sept dernières années vous n’en voudriez pas. D’ailleurs que cela soit clair, je ne les échangerai jamais, même si je le pouvais. A chacun ses fardeaux…


Mon caput mortuum a pris fin, sous la source, au pied de ce chêne creux ; les sept barreaux de l’échelle me séparant de ma vérité sont maintenant évanouis, je peux voir et ressentir les choses.


Dans le creuset de ma conscience, elles ont trouvé le chemin… « De moi… à vous ».

 


Bienvenu(e)s dans Le Monde du Tout.





En l’an 300 avant l’ère chrétienne, 2312 avant le grand désordre, 144 de nos cycles , l’homme considérait encore la parole comme une référence empreinte de cette éternité qu’elle devait à la qualité de son auditoire et des échanges associés. Le factum résultant, c’est à dire l’objet, le but de toute cognition ne détenait que peu de valeur.

Par les temps qui suivirent, l’objet factum, création s’il en fût, se passa de tout échange oratoire, celui-ci prit le dessus… Le mythos mourru.

La parole laissant place au papier, le rêve éveillé laissa la sienne à la science dite « moderne », et le subjectif à l’objectif, de son moment et de son lieu…

L’homme a évolué à partir de ce moment là, loin de sa naturalité, de son humanité… Le besoin pressant de logique a anéanti toute l’importance du subjectif … L’écriture a détruit le rêve…Le logos était né…

 

Youssef Calendula « La parole donnée »
Archives cylindriques , période post cyclique 18ème temps.

 

Rien ne sert de voir ce que l’on croit, Ou de croire ce que l’on voit, il est plus sage, avant toute implication, d’attendre et de savoir.

Saturnie Végétale
Manuscrit éponyme attribué à Mohad Bashir, +/- 154 de nos cycles.
 

 

Épisode I : De l’apprentissage de l’illusion

 





Trois jours.

Trois jours déjà que l’homme assis au septième rang-droite, fauteuil coté fenêtre, regardait se dérouler le mur interminable au passage de l’autobus.

Trois jours.
Soit, soixante douze heures, quatre mille trois cent vingt minutes, ou encore
deux cent cinquante neuf mille deux cent secondes…
Et pourtant il ne s’était levé que cinq fois pour aller aux toilettes et n’était jamais descendu aux différents arrêts pour se dégourdir les jambes.
Ce qui aurait pu passer pour normal devenait suspicieux devant tous les détails de cette péripétie. Pour exemple, la climatisation avait lâché son dernier souffle et ce, quatre heures après le départ, dans un râle qui ne laissait aucun doute sur la fin de son agonie.

Les voyageurs depuis lors suffoquaient dans une atmosphère de chaleur et d’humidité.
Tous transpiraient et leurs effluves ajoutaient à la moiteur ambiante, une odeur âcre de corps négligés. De plus, ils avaient cumulé toutes sortes d’incidents techniques bénins mais qu’ils leur avaient fait perdre beaucoup de temps. Cinq heures environ, à rajouter aux trois qu’ils leur restaient pour atteindre la frontière et pour certains, leur nouvelle liberté.

D’autres comme David étaient ici en total anonymat, pour surveiller le bon déroulement du transfert, le quatrième de cette année. A en juger les statistiques de l’année précédente, leur présence était amplement justifiée par les arrestations de 43 terroristes qui avaient pris place à bord des autobus.
Depuis qu’il avait été affecté à cette brigade, David avait à son compte neuf transferts. Plus qu’un seul et il serait démobilisé vers une garnison de la périphérie, où il pourrait se laisser aller à attendre sa retraite et peut être refaire une dernière fois le voyage vers la zone vierge. Vierge de quoi ? Personne ne le savait vraiment …

A quoi bon de toute manière, le gouvernement se faisait fort d’y avoir créé un paradis pour ceux qui l’ont mérité.
Était-il nécessaire d’en savoir plus ?
Tous les curieux se voyaient fréquemment exposés dans la presse pour espionnage ou autres forfaitures, et tout cela finissait mal, bien mal.
Cette affectation d’ailleurs n’aurait pas été si dure, s’il n’y avait eu ces terroristes.

Terroristes qui d’ailleurs n’en portaient que le nom. Ils n’étaient pour la plupart que de simples imposteurs ou voyageurs clandestins, aux dons prodigieux d’usurpation d’identité, tous en quête de cette liberté si mystérieuse. La plupart faisaient preuve d’ingéniosité et de beaucoup de sang froid.

Trois jours de voyage, le plus long de toute leur vie, et assurément le seul.

Depuis la réunification des clans voilà un cycle, la population n’avait aucun droit d’aller à sa guise. La périphérie de la mégalopole toujours radioactive ne laissait guère place à la liberté de voir du pays.
D’ailleurs David lors de ces neuf derniers transferts n’avait rien vu de ces contrées. Les palissades de chaque côté des voies empêchaient tout regard. Même leur topologie était inconnue, les cartes les décrivant étaient tenues secrètes depuis l’Armageddon. Cette dernière guerre d’ailleurs, était oubliée depuis des générations, il n’en restait que des interdictions sommaires édictées il y a bien longtemps.

Dans huit heures, ils seraient arrivés à la frontière et son travail serait terminé. Il soupira, puis son regard se porta sur l’homme assis au septième rang. Il était pâle et comme tout le monde dans le bus, il transpirait à grandes eaux ; ses yeux se balançaient de gauche à droite sans jamais s’arrêter. Il était clair que son état de nervosité montait au fur et à mesure de 1′ approche de la frontière.
David se sentait troublé par ce comportement étrange. Si cet homme faisait partie des contrevenants, il devrait savourer avec jubilation la fin du voyage et son arrivée dans les terres nouvelles, cependant il semblait pris de panique, comme si le plus terrible l’attendait là-bas. Pourtant le plus dur pour lui était passé trois jours auparavant, il avait fait les frais et réussi toutes sortes d’interrogatoires, de tests biologiques, psychologiques et même de reconnaissance ADN.
Mais David le savait, les resquilleurs trouvaient toujours le moyen de passer au travers des mailles du filet. Seul le fauteuil d’autobus sur lequel ils s’asseyaient, bourrés de capteurs invisibles, permettait à la brigade de les reconnaître grâce à l’analyse complète de leur métabolisme et des divers changements qui auraient pu avoir lieu durant le parcours. Grâce à cela, la brigade en était certaine, aucun ne pouvait lui échapper.


Peut être était-ce cela dont l’homme avait à l’évidence peur ?
Cette idée ne plaisait pas à David qui essuya pour la énième fois son front luisant.

Normalement l’existence de ces analyseurs n’était connue que par la brigade et le service médical. Les resquilleurs aussitôt pris avaient le cerveau irrémédiablement lavés de tout souvenir et étaient déportés tout aussi prestement vers les zones irradiées pour les travaux de forçats qui les attendaient et dont ils ne revenaient jamais.


Non, David en était sûr, il s’agissait bien d’autre chose. Son attention se porta sur les mains de l’homme. Elles étaient tatouées à la dernière mode pratiquée par les hautes sphères de la hiérarchie. Comment un tel détail avait-il pu lui échapper ?


Malgré la chaleur, un frisson le parcourut, il le savait, il tenait là un début d’explication. Il lui manquait quelques précisions certes, mais dans le fond il était évident que cela avait son Importance. Il réfléchit. Depuis l’apparition des nouvelles encres organiques, il était possible de modeler à l’infini les tatouages grâce à un boîtier qui pilotait les pigments en dessous de l’épiderme. Un jouet de luxe dont peu de personne bénéficiait, ce qui faisait de cet homme un plus grand mystère encore. Le dragon Rouge de sa main droite se roula en boule et s’endormit.


HHIIIIIIIIIII I I I !!!!!!


Le coup de freins colla David sur le siège avant, lui projetant le reste de sa boisson sur son pantalon. Il maugréa et tenta de s’essuyer rapidement avec les serviettes en papier posées dans le vide poche, tout en essayant de discerner dans le halo des phares, la cause de ce freinage. En s’évertuant sur la porte du sas pour sortir du véhicule, le chauffeur hurlait que ce n’était pas de sa faute et qu’il avait essayé de l’éviter.

A l’intérieur régnait une grande confusion. Certains avaient été propulsés sur leur voisin et les avaient réveillés. Il en suivit un méli-mélo où tout le monde injuriait tout le monde. Puis à force d’explications, le calme revint et permis à David de mieux juger la situation. De l’extérieur, par le sas ouvert, on pouvait entendre les jurons du chauffeur.

David n’eut pas le temps de se lever que celui-ci rentrait déjà dans le véhicule. Il s’excusa tout en marmonnant qu’il avait vraiment cru voir quelque chose et par dépit demanda si quelqu’un avait été blessé. Quand la réponse négative lui parvint, il se rassit à ses commandes et réenclencha les propulseurs à gaz. L’autocar reprit de la vitesse mais après une courte distance les turbines lâchèrent dans un craquement métallique de mécanique broyée. Tous entendirent le sifflement du compresseur à haute pression qui laissait échapper son gaz.
Pendant les quelques secondes qui suivirent, il n’y eu aucun bruit dans le véhicule. Les 139 personnes se regardaient hébétés et il était clair que, à cet instant, ils pensaient tous à la longue nuit qu’ils allaient passer dans ce bus immobilisé, au milieu de nulle part, à attendre les techniciens. Le chauffeur se faisait fort de réparer la panne très vite sans l’aide de ceux-ci, mais déchanta rapidement au vue du diagnostic du calculateur de bord. De rage il frappa le tableau de commandes qui clignota puis s’éteignit dans un grésillement électrique. Ils se retrouvèrent alors tous plongés dans l’obscurité.


Silence…


Au silence maintenant s’ajoutait l’odeur qui arrivait à leurs narines, un relent
de caoutchouc brûlé de plus en plus odorant. Le chauffeur à tâtons réussit à ouvrir le sas. L’appel d’air ainsi crée fit apparaître les premières flammes au-dessus de la tête des voyageurs.


Le feu…


David prit le sac posé à ses pieds et se fraya un chemin à la suite des autres. En vingt secondes ils étaient tous à l’extérieur, regardant les flammes gonfler jusqu’à l’embrasement total. La carcasse de l’autocar, sous l’assaut subit de la chaleur, miaulait et craquait en se tordant sur le béton de la chaussée.
Par endroit le métal fondait en grosses gouttes jaunâtres qui s’éclataient sur le sol en une myriade d’étincelles. On ne voyait déjà plus les roues et les essieux recouverts par les restes du squelette. Cela n’avait pas pris plus de quatre minutes.


Chaleur…


Ils étaient tous là, immobiles, dans la faible lumière des flammes, désœuvrés. Ils n’avaient pu sauver que le strict minimum, les bagages à mains. Le reste dans la soute n’était plus que cendres. David se félicitait de sa présence d’esprit, en sauvant son sac, il avait gardé son arme de service. Un rapide coup d’œil à ses collègues lui permit de se rendre compte qu’il était le seul encore armé sur les trois miliciens que comptait le convoyage. Une bien maigre consolation face aux 135 colons qui venaient de tout perdre dans ce sinistre. David le sentait, la colère montait. Le chauffeur déjà à l’écart se rapprocha de lui, cela le fit sourire. Les trois miliciens, même avec une arme, avaient peu de chances de contenir les colons s’il leur prenait l’envie de le lyncher. Il fallait réagir le plus rapidement possible. L’important dans l’immédiat était de les rassurer. Avec la nuit, la chaleur avait quelque peu baissée mais pas assez pour que cela devienne un problème.
Il suffisait simplement d’attendre la navette et les secours qui seraient envoyés dans quelques heures, un retard d’autobus ne passant jamais inaperçu. Il n’y avait qu’une seule route, tout cela n’était qu’une question de temps, mais le tout était de les convaincre.
Quand David prit la parole, il eut du mal à se faire entendre dans le flot de questions qui fusaient. Les colons ne comprenaient pas la présence des miliciens en civil dans le convoi.

Étaient-ils surveillés ?

Avaient-ils à redouter un danger ?

Que leur cachait-on ?


Norman Kay, le passager du septième rang ne semblait pas concerné, au milieu du brouhaha, il avait l’air content. Le sourire qu’il affichait contrastait avec la situation. Il éclata de rire.
– "Vous ne comprenez pas ! ? S’esclaffa-t-il. Vous ne comprenez pas que tout ceci n’a rien d’accidentel ! ? La climatisation, tout à l’heure le coup de frein, et maintenant l’incendie…" Il jubilait, ses bras décrivaient des arcs de cercle en montrant la pénombre qui les entouraient.
– Tout cela je vous le dis était prévu, continua-t-il. Un contretemps voilà ! ! Voilà ce que c’est. Ils attendaient que l’on soit arrêté. Maintenant ils vont pouvoir venir…
Un silence accompagna ses derniers mots. Tous se regardaient, tous le regardaient. Le chauffeur secoua la tête empreint à une grande confusion et dit :

"Il faut que je vous dise, commença-t-il. Tout à l’heure sur la route, il y avait… Il se racla la gorge et les regarda. Il y avait un homme, grand vêtu d’une tunique blanche. J’ai freiné mais il était trop tard, il avait disparu sous le bus. Lorsque je suis descendu, je l’ai cherché mais il n’y avait aucune trace. J’ai mis ça sur le compte de la fatigue mais cela paraissait tellement réel, vraiment…

 


Il haussa les épaules puis baissa la tête:" vraiment réel…"

 

 

 

 

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